• André Lacasse

Stratégies fiscales pour la retraite

Trop souvent, il m’arrive de rencontrer de jeunes retraités qui n’osent pas se gâter ou s’offrir un voyage de rêve de peur de manquer d’argent. À l’inverse, d’autres ne regardent pas la dépense pour ensuite devoir retourner sur le marché du travail.


Si vous êtes dans l’une ou l’autre de ces situations, sachez qu’un simple exercice de planification de retraite peut vous aider à voir plus clair et ainsi dormir sur vos deux oreilles. Vous aurez une meilleure idée de ce que vous pouvez vous permettre comme projets.


Stratégies fiscales pour la retraite

En prime, les outils utilisés par les planificateurs financiers mènent aussi vers des pistes et stratégies pour augmenter vos revenus après impôts.


Ces simples stratégies peuvent avoir un impact considérable sur votre budget et donc, sur l’épuisement éventuel de vos REER et CELI. Certaines d’entre elles ne s’appliqueront toutefois pas à votre situation donc mieux vaut prendre le temps d’analyser votre cas.


Alors voici 10 stratégies fiscales qui méritent d’être abordées avec votre planificateur financier.


Stratégie fiscale 1 : Fractionnement du revenu


C’est bien connu, le taux marginal d’impôt augmente à mesure que les revenus augmentent. Selon les tables d’impôts, un particulier dont le revenu imposable atteint 221 708$ en 2022, paiera 53,3% sur chaque dollar additionnel gagné, alors que celui qui déclare un revenu de 50 197$, n’en paiera que 37,12%.


En 2007, les autorités fiscales ont permis aux Canadiens âgés de 65 ans et plus de fractionner certains revenus de pension et de retraite entre conjoints. Le concept est simple : si vous déclarez 100 000$ de revenus et que votre conjoint en gagne 20 000$, votre taux marginal d’imposition sera plus élevé que le sien. Donc, vous paierez moins d’impôts en lui transférant une partie de vos revenus.


Sachant qu’il y a impôt de récupération sur la prestation de la Sécurité de vieillesse (SV) à partir d’un certain seuil (81 761$ pour l’année d’imposition 2022), on comprend que bon nombre de Canadiens peuvent l’éviter grâce au fractionnement.


Dans l’exemple qui précède, le conjoint ayant des revenus de 100 000$ n’aurait plus à rembourser la SV s’il réussit à transférer à l’autre conjoint plus de 18 239$ en revenus de pension admissible.


Également, certains crédits d’impôts, tant au fédéral qu’au provincial, sont calculés sur une base individuelle et diminuent à mesure que le revenu augmente. Par exemple, pour les contribuables ayant un plus petit revenu, le crédit en raison de l’âge sera réduit à partir de 38 893$. Le fractionnement peut dans certains cas éviter la perte de ce crédit.


Mais ce ne sont pas tous les types de revenus qui peuvent être transférés au conjoint.


Les revenus de pension admissibles, après 65 ans, sont les suivants :


  • Les paiements provenant d’un FERR ou d’un fonds de revenu viager (FRV)

  • Les rentes provenant d’un régime de pension d’employeur

  • La partie imposable d’une rente viagère

  • Revenus provenant d’une convention de retraite (après 2013 et sous certaines conditions)


Les revenus qui ne sont pas admissibles sont les suivants :


  • Les revenus d’intérêts, de dividendes et de gains en capital

  • Les retraits REER

  • Les versements provenant des gouvernements comme la rente du RRQ, de la SV et du SRG


Avant 65 ans, il est possible de fractionner uniquement les rentes provenant d’un régime de pension d’employeur et certains paiements reçus par suite du décès du conjoint et ce, sur la déclaration fédérale seulement.


Qui est votre conjoint?


La définition de conjoint varie considérablement selon qu’on parle de régimes de pension, comptes de retraite immobilisés ou REER immobilisés. Pour le fractionnement du revenu, elle est encore une fois différente. Sont considérés conjoints les couples qui habitent ensemble depuis au moins 90 jours d’affilée au 31 décembre de l’année d’imposition.


Stratégie fiscale 2 : Exploiter le REER de conjoint


Si le fractionnement de revenu est avantageux après 65 ans, que faire avant? Une stratégie de décaissement profitable sera de cotiser au REER de son conjoint.


Par exemple, si vous aviez cotisé 20 000$ par année au REER de conjoint pendant 5 ans, vous auriez profité d’un généreux remboursement d’impôts. En respectant la règle de 3 ans de détention, votre conjoint pourra éventuellement retirer ces mêmes 20 000$ pendant 5 ans et ne payer que très peu d’impôts s’il s’agit de ses seuls revenus.


Dans ce billet sur le REER de conjoint, j’explique, avec exemples à l’appui, comment les avantages et inconvénients de cette stratégie peuvent s’appliquer.


Stratégie fiscale 3 : RRQ et SV, attendre ou non?


Seule une analyse détaillée de votre situation permettra de faire le bon choix, mais il faut savoir que plus vous retardez la demande de votre rente du régime des rentes du Québec et celle de la pension de sécurité de vieillesse fédérale, plus elles pourraient être bonifiées.


Néanmoins, ce n’est pas toujours avantageux en ce qui concerne la rente du RRQ. Cela peut être le cas si vous avez une espérance de vie réduite ou si vous n’avez pas cotisé pendant plusieurs années. Ce qu’il faut retenir est que la demander quelques années d’avance, peut vous coûter cher mais si vous la reportez après 65 ans, elle sera bonifiée et ce, de façon permanente.


Ce que j’apprécie le plus dans ces deux programmes gouvernementaux est qu’ils sont indexés. Sachant qu’un taux d’inflation de 2% par année se transforme en inflation cumulative de 81% après 30 ans, on comprend que cet avantage n’est pas à négliger.


Ne faites surtout pas l’erreur que je vois malheureusement trop souvent, soit celle de demander votre rente dès 60 ans sans analyse préalable. Si certaines situations peuvent justifier une telle demande, rares sont les cas avantageux.


J’en profite pour partager ce scénario catastrophe qui est malheureusement un cas réel : une dame de 62 ans dont le salaire est de 80 000$ m’a demandé de lui présenter une projection de revenus de retraite.


Elle n’avait jamais contacté un planificateur financier avant.


N’ayant que peu d’épargne, les rentes gouvernementales constituaient la fondation de sa sécurité financière à long terme.


Mais à mon grand désarroi, une connaissance lui avait fortement conseillé de demander sa rente du RRQ dès l’âge de 60 ans.


Après tout, elle y a droit à ce 9 000$ par année, non?


Alors voici l’impact de sa décision :


  1. Comme son revenu de travail atteint 80 000$, son taux marginal d’impôt est de 37,12% donc 3 340$ de sa rente de 9 000$ disparait en impôt. La rente nette n’est plus que de 5 660$.

  2. En étant salariée, elle doit cotiser au RRQ pour un montant de 3 776.10$ donc, il en reste encore moins, soit 1 883,90$.

  3. Mais le pire est que pendant ces années de travail, sa rente ne sera que très peu bonifiée. Il faut savoir qu’avant l’âge de 65 ans, une réduction de 7,2% par année (donc 36% sur 5 ans) s’applique. Et cette diminution vous suit toute votre vie.

  4. Les rentes gouvernementales sont une bonne protection contre l’inflation et le risque de longévité. L’indexation de l’an prochain ne sera calculée que sur la rente qu’elle touche présentement et non sur le montant plus élevé qu’elle aurait eu à 65 ans. L’impact est exponentiel.


Ce « conseil » d’ami, qui n’est pas planificateur financier, aura probablement coûté des dizaines de milliers de dollars et même plus à cette dame qui en avait grandement besoin.


Stratégie fiscale 4 : cotiser au REER ou au CELI?


Voilà une question qui revient souvent. Et comme c’est couramment le cas en planification financière, la réponse est : ça dépend!


Si vous avez un surplus budgétaire important, ne vous cassez pas la tête, maximisez les deux pourrait être avantageux. Cependant, si comme la majorité des Québécois vous avez des ressources limitées, vous aurez un choix à faire.


Mais avant d’aller trop loin, explorons les différences entre ces deux produits d’épargne.


Cotiser au REER permet d’obtenir un remboursement d’impôt correspondant à votre taux marginal d’imposition. En cotisant au CELI, vous ne bénéficierez pas de ce « cadeau » des gouvernements.


Tant que vos investissements restent dans leur véhicule de placement, les rendements sont à l’abri de l’impôt donc, vous n’aurez rien à payer en préparant votre déclaration de revenus.


Cependant, au moment du retrait, le CELI ne sera pas imposable alors que le REER le sera au même titre qu’un salaire.


Alors, lequel choisir? Dans l’article REER ou CELI? quelques exemples de situations où l’un ou l’autre est plus avantageux sont expliqués.


Mais dans un contexte de planification de retraite, j’aime bien recommander une combinaison des deux, qui permet d’économiser de l’impôt par la bande.


Imaginez que vous ayez 62 ans, que vous détenez des CELI et des REER et que vous avez besoin de 40 000$ par année pour subvenir à vos besoins. Selon les règles fiscales de 2022, en effectuant des retraits de 24 000$ du REER (pleinement imposable) et de 16 000$ du CELI (non imposable), votre coût fiscal serait à peu près nul.


Le plus intéressant avec cette stratégie est que vous pourriez reporter votre rente du RRQ en vivant sur vos retraits CELI et REER et donc, la bonifier. Ainsi, vous gagnez sur deux fronts : décaissement REER peu ou pas imposé et rente du RRQ plus élevée.


Stratégie fiscale 5 : Convertissez le REER en FERR au bon moment


Lorsqu’on reçoit suffisamment de revenus entre la date de la retraite et la date de conversion au FERR (année suivant votre 71e anniversaire), le réflexe serait de ne pas décaisser ses REER.


Pourquoi s’imposer maintenant alors que vous pourriez vous imposer plus tard?


Comme les taux d’imposition sont progressifs, il peut être avantageux de déclencher de l’impôt à payer sur des retraits maintenant si votre taux actuel est inférieur au taux futur. Pire, imaginez qu’après 71 ans, les retraits FERR fassent en sorte que vous perdiez une partie de la SV?


J’ai déjà vu des cas où il était avantageux de retirer tous les REER avant 71 ans pour préserver la pension de sécurité de vieillesse.


Stratégie fiscale 6 : Pourquoi utiliser l’âge du conjoint pour le FERR ?


Dans certains cas, les autres sources de revenus disponibles à la retraite sont suffisantes pour maintenir son train de vie. Retirer des FERR après 71 ans quand on n’en a pas besoin augmente donc inutilement la facture fiscale.


Si votre conjoint est plus jeune, vous pourriez utiliser son âge pour calculer le montant minimum à retirer. Comme le pourcentage du retrait sera inférieur, l’impôt le sera également.

Stratégie fiscale 7 : Que faire avec le CRI et le REER immobilisé ?


Lorsque vous quittez un employeur qui vous offrait un régime de pension à un jeune âge, les montants auxquels vous aviez droit ont peut-être été transférés dans ce qu’on appelle un régime immobilisé.


Si le fonds de pension était de juridiction provinciale, vous auriez un compte de retraite immobilisé (CRI) alors que s’il était de juridiction fédérale, vous aurez alors ce qu’on appelle un REER immobilisé.


Avec un CRI, les règles de retrait sont assez strictes après 65 ans, lorsqu’il sera converti en fonds de revenu viager (FRV). En effet, les retraits annuels devront se situer à l’intérieur d’une fourchette qui dépend de votre âge.


Toutefois, entre 55 et 64 ans, il est possible de recevoir une rente temporaire en plus de votre rente régulière. Pour savoir quel est le montant permis, demandez à votre conseiller de vous aider à faire le calcul.


Les règles sont différentes avec un REER immobilisé fédéral. Il est possible, une seule fois après 55 ans, de débloquer 50% du total afin de le transférer dans un REER. L’avantage du déblocage est bien entendu l’absence de restrictions au niveau des retraits.


Stratégie fiscale 8 : Comment obtenir le crédit d’impôt pour revenu de pension?


Même si votre budget vous permet de reporter la conversion de votre REER en FERR jusqu’à l’âge de 71 ans, il peut être avantageux d’en convertir au moins 2 000$ dès 65 ans afin de profiter de ce crédit d’impôt.


Le gouvernement fédéral accorde un crédit pour revenu de pension de 15% pour les premiers 2 000$ encaissés d’un FERR.


Au Québec, les règles sont plus souples, c’est-à-dire que vous pourriez bénéficier d’un crédit d’impôt correspondant à 15 % du premier 2 939$ (2021) même avant 65 ans. Cependant, celui-ci sera amputé à partir d’un certain revenu.


Demandez à votre comptable d’effectuer une simulation pour vous guider dans vos choix.


Stratégie fiscale 9 : Faites attention à ces seuils de revenus


La table d’impôt est progressive, c’est-à-dire que le pourcentage d’impôt payé sur vos revenus supplémentaires augmente à mesure que votre revenu imposable croit. Le problème est qu’à partir de certains seuils, l’impact de l’impôt à payer est disproportionné. En voici quelques exemples :


  • 25 000$ environ pour un retraité de 65 ans vivant seul : en tenant compte des crédits et déductions diverses, vous ne devriez pas payer d’impôts.

  • 38 893$ : crédit fédéral en raison de l’âge commence à diminuer.

  • 46 295$ : à partir de ce revenu, le taux marginal d’imposition (TMI) provincial augmente de 5%

  • 50 197$ : ici, c’est le TMI fédéral qui augmente de 4,59%

  • 81 761$ : au-delà de ce seuil, vous serez assujetti à l’impôt de récupération de la SV.


Nous voyons donc que s’il est possible d’utiliser le CELI plutôt que le REER à partir de certains seuils, vous profiterez alors d’économies d’impôts.


Stratégie fiscale 10 : Les placements fiscalement avantageux pour le non enregistré


Recevoir 100$ en revenus d’intérêts n’équivaut pas à 100$ de gain en capital ou de dividende canadien en raison du traitement fiscal.


En évitant les revenus de placement inefficaces et en privilégiant les fonds en structure de société, les actions canadiennes ou les fonds négociés en bourse (FNB) d’actions canadiennes, les distributions imposables annuelles seront réduites.


Il faut aussi prévoir un gain en capital à la disposition en plus d’une imposition annuelle sur les revenus.


Évidemment, le choix du placement ne doit pas se limiter strictement aux questions fiscales. Vous devrez tenir compte de votre tolérance au risque, votre horizon de placement, vos objectifs et le ratio de frais de gestion.


Vous voyez, plusieurs stratégies sont à évaluer… Posez des questions à un planificateur financier pour vous épauler dans vos choix surtout qu’il existe d’autres possibilités pour réduire le fardeau fiscal.


Si vous avez lu jusqu'à la fin, il est fort probable que vous avez apprécié cet article. Si c'est le cas, je vous invite à laisser un commentaire!