• André Lacasse

Femme et future retraitée?


La retraite est un des événements heureux de la vie, souvent très attendu. Nous aspirons tous à vivre une retraite à la hauteur de nos rêves. En tant que planificateur financier, c’est souvent le premier sujet abordé par mes clients.

Mais parvenir à la retraite, ça se prépare. Et si vous êtes une femme, y penser deux fois plutôt qu’une serait une bonne idée.

Les femmes et la retraite

Dernièrement, j’ai pris le temps d’analyser une étude publiée en janvier 2017 par le Conseil du statut de la femme qui mérite réflexion. On y apprend que le revenu annuel moyen des femmes Québécoises de plus de 65 ans est de 28 711$ alors que celui des hommes est de 43 483$.

Je savais qu’il y avait un écart mais d’une telle ampleur? Je ne m’y attendais pas du tout.




Pourquoi les femmes gagnent moins à la retraite?

J’avoue que comme planificateur financier, j’aurais dû me pencher sur la question il y a bien longtemps. Dans ce billet, l’expression mieux vaut tard que jamais prend tout son sens.

Le mémoire « Les femmes et la retraite : perspectives pour elles du projet de réforme du Régime de rentes du Québec 2017 » avance les raisons suivantes pour expliquer ce si grand écart :

- La capacité d’épargne des femmes est influencée par le parcours professionnel qui est souvent entrecoupé de quelques années à la maison avec les enfants;

- Présentement, le revenu moyen des femmes représente 88,8% de celui des hommes. Cela était bien pire il y a 10 ou 20 ans mais au moins, le rattrapage est en cours, ce qui augure bien pour les prochaines générations;

- Les rentes du RRQ dépendent du revenu gagné et comme celui-ci est inférieur, il est facile de comprendre que la rente de retraite est moindre. À noter que la prestation de la Sécurité de vieillesse (SV) ne tient pas compte du revenu gagné.

- Les inégalités de revenus ont un impact direct sur la RRQ mais aussi sur les contributions aux REER, CELI ou fonds de pensions;

- Deux fois plus de femmes travaillent à temps partiel.

Existe-t-il des solutions?

Les auteurs du mémoire suggèrent des solutions en lien avec le fonctionnement du Régime des rentes du Québec. Elles sont toutes valables.

S’il est vrai que les possibilités sont limitées pour les femmes déjà à la retraite, il est possible, pour les générations suivantes, de réduire, voire éliminer les iniquités. Allons plus loin dans la réflexion.

On n’est jamais si bien servi que par soi-même

On peut attendre que les gouvernements trouvent une solution mais je crois beaucoup au proverbe on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Planifier sa retraite, principalement pour les femmes, devient un exercice de la plus haute importance surtout si on évite les erreurs courantes avec les investissements.

Il est primordial de prévoir les ressources financières pour réaliser les activités et les voyages que vous avez toujours souhaité faire, une fois à la retraite. Le besoin de revenu dépend de chacun mais inutile d’expliquer que vous devrez avoir suffisamment d’argent pour la durée complète de la retraite, laquelle peut s’échelonner sur plus de 30 ans.

Votre planificateur financier indépendant pourra, à l’aide d’un logiciel, vous éclairer sur le montant à épargner à chaque mois. Si vous ne connaissez pas un conseiller de confiance, sachez qu’il est possible d’en trouver un peu importe où vous êtes au Québec.

Ce conseiller prendra le temps de vous expliquer l’importance d’épargner de 5% à 10% de votre salaire. Des exemples comme celui-ci sont assez révélateurs :

Saviez-vous qu’investir 100 $ aux deux semaines à partir de l’âge de 20 ans représente la modique somme de 440 000$ à 65 ans en supposant un taux de rendement de 5%? Ce calculateur vous permet d’inscrire les chiffres que vous voulez.

Pour certains, on recommandera le REER, et pour d’autres, le CELI ou encore une combinaison de divers véhicules de placement.


Avoir un conseiller ou conseillère qui comprend

Marjorie Carey, conseillère et associée au cabinet Services financiers BMA affirme qu’avoir une conseillère ou un conseiller qui comprend la réalité féminine est un atout.


« Imaginons le cas d’une femme qui s’absente du travail pendant quelques années pour élever ses enfants. Cela aura un impact majeur sur sa capacité à épargner. Un plan structuré peut prévoir et réduire l’impact surtout si le conjoint fait partie de l’équation. »

Madame Carey ajoute « qu’en ayant une conseillère ou un conseiller qui la suivra dans le temps, il est plus facile de planifier financièrement l’arrêt de travail mais aussi les stratégies à appliquer pendant le long congé. Être une femme en 2017 signifie souvent être une superwoman. Nous devons porter plusieurs chapeaux et exceller dans chacun d’eux, bien souvent au détriment de notre salaire. »

Les pièges à éviter

Selon Josée Lussier, médiatrice familiale accréditée, un des pièges à éviter est de se fier à son conjoint, surtout quand on est conjoint de fait. Oui, un couple devrait faire sa planification de retraite à deux mais il est prudent de faire une deuxième version avec l’hypothèse d’être seule.

Madame Lussier ajoute que « s’il y a des iniquités potentielles, par exemple si la femme prend une plus grande responsabilité au niveau de la famille au détriment de sa carrière, un contrat de vie commune pourra prévoir le partage des biens en cas de rupture. »

La planification de retraite n’est pas une science exacte. Il faut mentionner que les nombreuses hypothèses utilisées sont parfois boiteuses. Par exemple, même si j’anticipe une inflation de 2%, il est peu probable que ce soit effectivement le cas sur 40 ou 50 ans. De plus, la fiscalité devient de plus en plus importante.

Également, l’espérance de vie, même si elle est présentement de 84 ans pour les femmes selon Statistiques Canada, n’a rien à voir avec votre situation. Qui sait jusqu’à quel âge vivrez-vous? On comprend que vivre jusqu’à 95 ans requiert des actifs beaucoup plus importants que vivre jusqu’à 75 ans.

L’espérance de vie au pays augmente avec les années. Survivre à son capital est d’ailleurs le premier des cinq grands risques de la retraite.

Plusieurs de mes clients ne réalisent pas qu'ils seront à la retraite pendant presqu'aussi longtemps que durera leur vie professionnelle. Pourtant, c'est bien vrai!

Je termine ce blogue par ce que je crois être mon meilleur conseil : acheter un REER à la va vite en février n’a rien à voir avec une planification de retraite. Oui le REER, comme le CELI, peut être un outil qui permet d’atteindre ses objectifs de retraite mais non, le simple fait d’en acheter ne vous sera pas aussi utile que si vous prenez le temps de procéder à une analyse complète.

Enfin, je vous rappelle que la planification financière compte sept domaines d’intervention qui méritent tous une certaine réflexion. Parlez-en à votre planificateur financier. Vous pouvez en trouver un dans votre région en consultant le site de l’Institut québécois de planification financière (IQPF).


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